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28.10.2008

Comme promis...

Comme promis, je vous poste aujourd'hui l'histoire écrite pour "A coeur ovale" et citée par J.C Collin dans son livre "Au dessus de la mêlée..." 

Un bandeau rouge et dix centimes dans ma poche.

medium_entraineur.4.jpgIl y a des entraîneurs remarquables par leur science, leurs compétences, qui vous font des discours de thésard : La touche, ce n’est pas une touche, mais une organisation collective de conquête aéro-tactile. La mêlée, ce n’est pas une mêlée, mais une union mécanique des forces de poussée horizontale.

A l’opposé, tu as l’entraîneur viscéral, le sanguin, l’affectif, celui qui te fait pleurer en te parlant de la grippe de ta grand-mère. Celui qui te regarde dans les yeux en te jurant que t’es le meilleur joueur du monde. Celui qui te dit que le rugby, c’est la guerre, et qu’à la fin du match il ne veut pas voir un adversaire vivant.

    

L’histoire qui suit parle un peu de tout ça,  à Saint-Égrève, il y a vingt ans, un soir de semaine, en fin de saison au cours de la finale universitaire UFRAPS Paris contre UFRAPS Nice :

L’entraîneur des Niçois n’était autre que le grand Daniel Herrero. Il y avait environ une quarantaine de spectateurs en tout et pour tout, les deux équipes s’échauffaient dans leur embut respectif, le père Herrero était appuyait contre la main courante. Je m’approche et l’interroge sur l’issue du match à venir.

 

Le gitan au bandeau rouge me toise et commence une de ses explications dont il a le secret :

« Tu vois les Parisiens là bas, ils sont immenses, une équipe terrible, solide devant, des gazelles derrière, ils ont plein de joueurs du Racing (Xavier Blond était leur capitaine), ces types ils sont dix fois meilleurs que mes gars. Dans mon équipe moi ! J’ai Pim Pam et Poum, deux volleyeurs, un judoka, un lanceur de javelot. Mais tu vois ! Si tu as dix centimes dans ta poche, mise les sur mon équipe. Tu vas voir des morts de faim, des jobards, des gonzes qui vont rien lâcher, les parigots ? il va falloir qu’ils nous passent sur le corps pour la gagner cette finale. »

Ca n’a pas manqué, les Niçois étaient de partout, ils plaquaient à tour de bras, y en a pas un qui a vu la couleur des yeux de son vis à vis tellement ils avaient la tronche à ras du gazon pour dégommer les titis parisiens. Ils ont fait de la résistance, bien sur, ils ont perdu, mais seulement de six petits points. A la fin, Daniel  est rentré sur le terrain, le bandeau de travers, la larme à l’œil. Il embrassait ses volleyeurs, son judoka, son lanceur, ses véliplanchistes, son jongleur et la bande de gymnastes et de nageurs qui complétaient sa horde.

Tout ça pour dire que le rugby, c’est dans le cœur et dans les tripes, ça commence avec un mental de potache, de guerrier de cour d’école. C’est fait de gnons, de coups qui, dès ton enfance font de toi un conquistador, un chef de meute, un bandit de vestiaire, un pendard de comptoir. Et même si tu es en Top 14, en Pro D2, en F1 ou même en série régionale, il te faut ça ! Bien sur, ça ne suffit pas, mais si tu n’as pas cela, tu n’as rien !

 

C’est vrai que le rugby a évolué, c’est vrai que tout est plus technique, plus précis, plus professionnel. Mais si le prix de cette évolution, c’est l’abandon des valeurs et de l’esprit de ce sport, je vous le dis sincèrement, ça ne sera plus le mien.

 

 

Dessin de Poupard pour l'excellente BD "Les rugbymen"              

 

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Commentaires

A l'excès, ça donne "Toulon-Bègles 1992" que l'on peut voir sur "You Tube". Du rugby de préhistoire quand les hommes n'étaient que des bêtes. C'est aussi du "Dany de la Pivotte" ainsi qu'il aimait répondre au téléphone. Humaniste, certes, et au meilleur de l'universitaire capable de recevoir, chef de meute dans la phase finale au pire de la haine de l'autre. J'ai pu voir les deux, les entendre. Le personnage m'insupporte. Se sert des mots comme d'un bouclier. "Avide à dollars" aussi, comme disait Breton de Dali. Il y avait deux Daniel H : un voyageur curieux du monde (qui n'avait pas besoin du rugby pour exister en tant qu'individu) et un entraîneur limite sectaire, trouble en tout cas, que je n'ai pas beaucoup aimé - sauf entre 1985 et 1987, âge d'or du RC Toulon new look - lors de mes périgrinations plumitives du côté de la Rade. Mais ton histoire est belle, Pierrot la Tombal. Je l'a connaissais car un de mes potes jouait dans cette équipe de potaches niçois... Elle est si bien racontée. Ton talent est d'or. Mais pas argent comptant... Sans doute ne faut-il prendre que le meilleur des hommes. Daniel H., comme d'autres. Et son meilleur à lui était sur un sommet de gouaille, de tripes et d'âme. Le rugby sans la bagarre générale et la mêlée relevée, en somme.

Ecrit par : comme fou | 28.10.2008

D'accord avec toi sur le personnage...Sa conférence spectacle commence à être un peu usée...Mais à l'époque je l'aimais beaucoup!

Ecrit par : pierrot la tombal | 28.10.2008

salut jeannot, j'ai lu l'article sur le coach avec attention (j'en suis). Aussi, sans t'en demander l'autorisation, mais en te citant comme écrivain et "pôte à moi" (je n'ai pas osé : frère), j'ai prélevé quelques lignes de cet article pour étoffer le "mot de l'entraineur" du calendrier 2008/2009 du S.C. PRIVAS. J'en ai en effet assez de ces "mots" redondants, qui disent toujours la même chose, qu'il faut s'entrainer, que les dirigeants sont gentils, que ça va être dur, que les sponsors sont indispensables et tout le bordel et son train. Bref, cet année, j'innove et je cite Pierrot.
Je t'en envoie un dès que possible.
PS:J'admire ta prose, tes analyses, ta philosophie; je m'y retrouve à 200% (et les photos aussi)

ton 1/2 frère de mêlée.

Ecrit par : peck | 21.11.2008

Tout ce qui est à moi est à toi!

Ecrit par : pierrot la tombal | 21.11.2008

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