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30.03.2008

Rapt sous oxygène.

 

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Chapardage d’intervalle ; Maraude de pré ; Larcin de ligne ; Rapine suspendue ; Fric-frac au vol ; Volerie pédestre ; Resquille au large ; Délit d’interception…

 

Depuis un grand moment, la belle et folle équipe se gavait du ballon, le  magnifique chambard des attaques semait la révolution au son des renversements de jeu. L’axe et le large étaient en sa possession, la vérité était écrite dans les  admirables circonvolutions de son armée, comme si ses hommes sûrs de leur victoire faisaient durer les plaisirs pour jouir tant et plus de l’allégresse promise à tous les conquérants…

C’est sur le dernier coup d’estoc, tout là-bas, tout au bout, en bordure de frontière, aux portes du précipice, que l’incroyable se produisit.

Un résistant malingre, chétif, blessé, rouge du sang des blessures de fierté, cramoisi des impacts reçus et des courses obligées…cet homme, ce presque fantôme, surgissant soudain de sa boîte d’enterrement, bondit de son ressort retrouvé,  pour marauder entre les jolies moustaches de ses assaillants, leur précieuse munition.

Et puis s’enfuir, s’envoler, se faire pousser des ailes, se faire rire les larmes, se faire pâlir les autres, se faire aimer des siens, se faire poser la chose cent mètres plus loin…Et tout derrière, tout au long du chemin, la belle équipe à genoux, renversée, débordée, coulée, mise par le fond sur un seul coup de mousquet…et l’autre, la toute grise, phtisique, agonisante, ramenée à la vie par les jambes oxygène de sont lutin secouriste,  recolorée par les habiles pinceaux de son artiste en fuite…

Quelquefois, la victoire ne se gagne pas. Elle s’arrache, se capture, Il faut la tirer de la laine. Il faut la vider du gousset. Il faut un coupeur de jarrets pour que l’exquise tombe merveilleusement...dans votre escarcelle.                 

27.03.2008

La brocante: C'est par ici!

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 Deux grosses potiches en terre bien cuite ;

Un râteau a la dentition pas très avenante ;

Deux vieilles sauteuses éculées bien que portant la culotte ;

Trois lattes de mauvaises vies arrachées d’un sommier de mauvaises nuits ;

Deux cadres sans portraits aux dorures fuyantes;

Une batterie de casseroles n’ayant jamais débordé malgré une longue carrière ;

Un morceau du mur de Berlin qui ne fut jamais un rempart ;

Mais encore :

Un vieux banc vermoulu ;

Deux ou trois antiques brouettes ;

Un ou deux pilastres que ne renierait pas Pompéi ;

Une vieille tente familiale ;

Une jambe de bois catie d’arthrose ;

Un bon de rationnement ;

Un fond de fût de bière ;

Une paire de tongs hawaïennes ;

Un saucisson corse et sa bombe ;

Et un litre d’huile camphrée rance…

 

Mon vide-greniers à lieu le vendredi soir, de 19h30 à 21 h.

Mais je remballe bien souvent largement plus tard, et jamais personne ne veut de tout mon bazar…

La brocante, c’est plus ce que c’était !

 

Ha, j’oubliais ! j’ai aussi une vieille vessie en cuir, râpée et difforme…mais celle-ci, je la garde, because c’est un immense souvenir…Et puis aussi mon commerce en photo!   

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24.03.2008

Il y a des cornes...

medium_corrida.11.jpgIl y a des flankers efflanqués, dont les placages sont comme des respirations banderilles plantées par les toreros les soirs de lumière.

 

Il y a des sables d’arènes recevant dans la diaphane poussière les beaux habits colorés, couchés par des placages taurins.

 

Il y a des muletas magiques qui feintent les cornes, saluent le public et embrassent les deux oreilles dans l'herbe douce d’un en-but.

 

Il y a des cirques où le jeu dramatique fait basculer les destins. Un instant ta fortune est animale, et le moment  d’après, ton sang est humain…

23.03.2008

Rien qu'une larme dans tes yeux...

 

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Je pourrais parler du match Grenoble-Narbonne. Je pourrais m’étendre sur l’indigence du jeu. Je pourrais décrire la tristesse qui m’accompagnait quand je m’échappais des travées en déprime. Je pourrais même me laisser aller tant mon humeur est grise, à maquiller de noir l’allure mortuaire des tristes ombres qui erraient sous des projecteurs trop lumineux comme des âmes portant tout le chagrin d’un stade, qui ne demandait pourtant qu’à rire de bon cœur avec elles…

Je me risquerais peut-être même à dire que tout ceci est une histoire d’amour ou plutôt de manque d’amour, de fuite d’amour, d’amour élastique, d’affection volatile, de sentiment délité.

J’irais éventuellement,  jusqu’à évoquer cet abandon caractérisé de l’affection des acteurs pour le jeu, l’estime pour les couleurs laissée pendue au vestiaire, la morsure faite dans le pacte  de ferveur d’un public à ses hommes…Je pourrais baver sur l’un, casser cet autre…dire le pourquoi, le comment, donner mes belles solutions, manier sans tendresse le scalpel…

 

Je pourrais possiblement, pour oublier cette triste soirée, évoquer l’incertaine fête que l’on nous avait bien vendue, opposant deux grands stades dans l’enceinte d’un troisième nommé De France…mais je ne le ferai pas.

 

 

Je veux, ici, maintenant, évoquer tout simplement, le plus beau moment d’émotion ressenti hier dans ma longue journée pleine d’ovale. Ce saisissement, cet émoi, je le dois à Fabien Galthié, quand il évoquait dans le beau documentaire télévisé « histoire en mêlée », la finale de 2000 opposant Paris et Colomiers. Finale perdue par son équipe columérine, sans lui, pour cause de genou en vrac lors de la demi-finale…Dans ce moment d ‘anthologie, il raconte l’immense désarroi qui l’envahit, quand ses coéquipiers entrèrent sur le stade…Vingt ans dans ce club, vingt années partagées avec ses potes, depuis l’école de rugby, jusqu’à ce moment suprême, deux décennies avec en ligne de mire ce rêve collectif, et lui, ce jour là, il se retrouvait assis dans la tribune, perdu dans le public sans pouvoir étancher ce torrent de larmes qui délavait sans vergogne son beau dessein de gosse…Le plus magnifique dans toute cette histoire, c’est que huit ans après, en le racontant, les sanglots lui bâillonnaient la voix, et une petite et timide larme pointait à la lucarne de ses yeux…

 

Voilà, ce qu’il manquait hier, à cette équipe grenobloise, c’est pas des kilos, du pognon ou toute autre peinture…C’est tout simplement une larme au coin des yeux qu’il manquait aux rouges et bleus. Le rugby est avant tout, une histoire de désir, d’envie et tout simplement d’amour

22.03.2008

Vingt ans déjà qu'il ne respire plus...

 

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On dit : « Mon général »

On dit : « Mon colonel »

On dit : « Mon adjudant »

Et au deuxième classe, on dit : « Ta gueule ! »  Mais pour ça, il faut être adjudant…

Pierre Desproges.

 

Et moi je rajoute :

« Tu mets tous ces beaux uniformes sur un terrain de rugby et tout le monde la ferme…et avec un peu de chance, le deuxième cul devient capitaine ! »

 

Mais je suis loin d’être sûr que notre animal goûtait au rugby… 

19.03.2008

Que ton engin soit sanctifié!

Pour une fois, je déroge à la règle. Je m’étais bien juré de ne jamais utiliser une photo de rugby pour illustrer ce blog,  pourtant entièrement ovale. Je n’ai pas pu résister…

Depuis la nuit des temps, depuis que le monde est monde, depuis que les hommes ont compris que leur destiné ne tenait qu’à un fil…ceux-ci n’ont pas cessé de s’en remettre aux forces telluriques et à Gaia leur déesse, aux dieux des ténèbres et à ceux des océans, à leurs collègues de l’olympe, et depuis à peine deux petits milliers d’années, pour une bonne partie d’entre l’humanité nous avons à faire à un seul grand chef, et accessoirement à son fils…

Et tout au long de ces millénaires, la gent humaine, précaire, incertaine, périssable, et pour tout dire mortelle, a toujours dans ses invocations, supplications,  implorations, et prières, eu une idée derrière la tête…se rendre la vie plus facile !

Que ce soit pour la chasse  ou la cueillette, pour que tombe la pluie ou pour faire fuir les sauterelles, pour avoir un garçon plutôt qu’une fille (beurk !),  contre la peste bubonique ou les tremblements de terre, pour protéger les voyageurs, et les belles vendanges…Le terrien a inlassablement remis son destin entre des mains divines…

Aujourd’hui encore l’adoration continue. Elle va même se loger en des endroits singuliers. Jusque dans l’espérance d’un pousseur d’engin,  implorant les dieux des célestes trajectoires, pour que son projectile soit sanctifié…

 

La preuve !          

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P.A Dut (Grenoble), photo de Thomas Bianchin          

17.03.2008

Ivresse en mêlée

 

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Une mêlée ivre chancelle,

Son assise bascule,

Sa liaison s’agace,

Son olive l’étrangle,

Sa conquête s’enfuit,

Son estomac se retourne,

Sa fierté aussi…

16.03.2008

Pas d'anges au paradis

 

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Un stade cathédrale,

Une nef en fureur,

Deux arcs-boutants s’affrontent…

 Et puis !

Un soutien tout à plat,

Une passe juste derrière,

Une balle à terre,

Un pied la prend,

Un lutin dessus,

Une partie se fend,

Un coin rouge dedans,

Une cognée  l’enfonce…

Un stade en feu,

Un chelem en flamme,

Une équipe hématome,

Et les diables se marrent au paradis...

 

13.03.2008

Pernod 45

 

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C’est une seconde ligne siamoise, un seul cœur bat pour les deux. Un seul surnom aussi pour la paire, le vestiaire les appelle « Pernod », sur l’étiquette collée dans leurs dos, les 45 degrés d’alcool de mental.

Deux gueules d’atmosphère,

Une envie bien calleuse,

Et des oreilles potagères…

Le plus beau compliment qu’ils n’aient jamais reçu :

« Ces deux types, c’est comme les testicules. C’est quand on te les enlève que tu te rends compte de leur importance... »

10.03.2008

De l'en-but à l'en-vie...

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 En-but

En-dessein

En-visée

En-terme

En-désir

En-plan

En-destinée

En-raison

En-vue

En-port

En-ciel

En-mire

En-cible

En-fin

En-vie

 

A chaque fois que nous entrions sur un stade, les dix derniers mètres de la terre adverse nous attiraient plus que tout…. Il suffisait de s’y jeter trois ou quatre fois dans l’après-midi, pour que la fin de journée (voire toute la nuit…) soit plus belle…Etrangement le bienfait était communicatif, un seul baigneur dans ces ondes magiques,  pouvait transformer une troupe famélique en une terrible horde de conquistadors…

A l’inverse, les ultimes arpents de notre lande, tout au fond dans notre dos, étaient précieux, mythiques, sacrés…Nous dressions un rempart d’épaules devant notre temple,  et nous jetions par-dessus nos murailles, le moindre sarrasin belliqueux qui s’y présentait …Bien sûr, il arrivait parfois que nos fortifications rendent grâce…Alors rouges de honte nous courrions au sacrifice sur l’autel de la soif,  nous vider de notre déshonneur, et nous emplir de fièvre…

L'intervalle d'espace et de temps entre notre en-but et son frère devenait l' « en-vie »...

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