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21.01.2008
La chandelle (fin)
Et puis comme par miracle, entre deux rasades de jus de nuages, l’ogive vint se jeter entre ses bras. Amoureuse, offerte, docile et souriante, sans la moindre esquisse d’évasion, elle était calée contre lui à écouter heureuse, son cœur envoyer de tonnants et rapides signaux de fuite à ses jambes déboussolées…
Mais la belle n’était pas descendue toute seule. C’est tout son passé familial qu’il captait avec elle. C’est l’âme de son arrière-grand-père, fauché par la grande guerre après seulement deux capes tricolores, à l’aube d’une carrière qui s’annonçait pleine d’assauts, de charges, de débords, et de conquêtes auxquelles il n’avait jamais imaginé mêler la mitraille…C’est encore la vista et les jambes de feu de son papé, conquistador du Brennus dans les heureuses et rock en roll années cinquante. Ce grand-père, avec qui il avait balbutié ses premiers émois et jeux ovales…C’est aussi et enfin le caractère de chien de son géniteur…sa fougue, sa magnifique hargne, sa volonté farouche qui l’emmenaient toujours plus haut, toujours plus loin…
C’est toute cette charge affective qui vint le frapper au moment de cette réception magique et presque irréelle…
Soudain, il se sentit transformé ! Toutes les qualités de sa lignée se greffèrent à sa chair: Le beau destin en bleu –Les cannes de champion olympique –Le caractère trempé d’acier. Tous ces ingrédients parentaux et historiques se mirent à bouillonner…Maintenant, il ne voyait plus d’adversaires en face de lui. Maintenant, il était dans l’arène ! Il n’avait plus qu’une horde de taureaux furieux, ronflant et ruant qui le chargeaient.
Une première feinte de corps aidée par une muleta imaginaire, mit deux adversaires à genoux dans la boue. Puis il s’enfuit sans un regard pour ses 22 en pleurs… D’un magistral coup de pied à suivre pour lui-même, il effaça toute une ligne de cornes…Réception d’acrobate, course oblique en quête d’un soutien, puis une magistrale fausse croisée planta sur le cul les plus agiles des taures. Il avait maintenant tout l’espace devant lui, et l’ultime vachette en point de mire…Sa course était fluide, son cœur tranquille. Ses sens comme démultipliés le rendaient inaccessible. Quand il l’estoqua d’un splendide cadrage-débordement, il aperçut les yeux incrédules et vides de son vis à vis…Il courrait maintenant, pour couper hilare, les deux oreilles d’un en-but agonisant…
Quand il plongea dans l’aire offerte, le ciel en deuil se déchira, et trois traits d’astre vinrent frapper sa couche d’extase…Allongé, heureux, il ne se relevait pas. Il aurait aimé que cet instant ne finisse jamais.



