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13.01.2008

La chandelle

medium_chandelle.2.jpgC’était un matche aux coutelas, une de ces parties cadenas où le jeu est plutôt carcéral. Une de ces après-midi d’hiver où la lutte sur le pré ressemble plus à un entrelacs de judoka  plutôt qu’à toute autre chose. Un combat où les deux belligérants recherchent la prise de manche, agrippent l’encolure, mettent les jambes en travers, empêchent l’adversaire, détruisent les intentions, massacrent les envies et font pleurer les tribunes…

  Les gazelles pointaient au chômage, les belles foulées soigneusement rangées se tenaient bien au chaud dans les souvenirs…Les chisteras, passes croisées ou redoublées sont des filles du soleil, elles aiment les peaux bronzées, les buvettes assoiffées, les bandas en rut et les belles  filles en fleurs. En ce jour de froidure tout ce joli monde avait changé d’hémisphère…

Notre arrière commençait à trouver le temps long. Les minutes s’égrainaient, et son tête-à-tête avec sa  ligne des 22 mètres finissait par lui peser…Il allait de droite à gauche usant ses mains sur le haut de ses flancs au rythme patriarcal des avants enfumés…

 Les deux troupeaux emmêlés conservaient dans une gestation prolongée l’enfant pourtant désiré par tout un stade…L’ennui plus que le climat de frigo commençait à ankyloser tout ce joli monde. Et puis tout d’un coup, un demi accoucheur aux mains de forceps mit au monde le beau bambin. D’une passe limpide et plongeante, il servit le nouveau-né dans le couffin des bras de son ouvreur. Celui-ci d’un geste ample et sûr, balança en même temps sa jambe et son fardeau très haut dans le ciel. Le public assoupi eut un sursaut. Une clameur soudaine sembla prolonger la fulgurante ascension… 

L’arrière lâcha des yeux sa ligne amoureuse pour suivre inquiet ce fabuleux missile. Ses mains fatiguées de ses hanches, lâchèrent prise…Alors qu'étonnamment, dans un instant d’éternité l’engin restait épinglé aux lourds nuages pourtant en procession, le tumulte s’arrêta tout net... Il n’y avait plus aucun bruit tout autour. Comme si ses tympans venaient de rendre grâce… Cependant tout là haut, la gonfle le visait toujours. Une envie de fuir le fit tressaillir. Une suée froide lui noya le dos. Un désir de maudire toute la lignée de ses aïeuls rugbymen lui monta à la gorge…Pourquoi l’avait-on traîné depuis sa plus tendre enfance sur ce terrain de souffrance ? Pourquoi fallait-il que telle une malédiction familiale, il enfile lui aussi après quatre générations ce foutu numéro 15… ? Il aimait pourtant mille autres choses: Lire étendu sur son lit jusqu’à engourdir son corps pendant que ses méninges partaient en voyage…Pédaler comme un fou des heures durant sur une route fantôme comme si le monde finissait juste au bout…Croquer le cœur d’une fille au creux d’un fossé pendant que ses frères explosaient le leur au rythme des coups de gueule d’un entraîneur tortionnaire…Il aimait aussi boire pour faire durer la nuit et vomir avec elle son aurore…Il aimait encore le sang chaud, le vin frais, les baisers mouillés et le sourire de sa mère…

 

 À suivre…                          

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